Alors que le taux directeur de la Banque du Canada demeure stable à 2,25 %, les rendements des obligations gouvernementales continuent d’augmenter. Depuis un an, l’écart entre le taux directeur et les obligations à moyen et long terme s’est graduellement élargi, illustrant un décalage entre les conditions monétaires actuelles et les attentes des marchés financiers.
Au 10 septembre 2026 :
- le rendement de l’obligation canadienne à 2 ans atteignait 3,31 %, soit bien au-dessus du taux directeur;
- le rendement de l’obligation à 5 ans est passé de 2,75 % à 3,63 % en un an, une hausse de 88 points de base;
- le rendement de l’obligation à 10 ans est passé de 3,19 % à 3,94 %, une hausse de 75 points de base.
Le marché regarde vers l’avenir
Cette situation rappelle une distinction importante : le taux directeur reflète principalement les conditions économiques actuelles, tandis que les marchés obligataires évaluent les perspectives économiques futures.
L’augmentation des rendements obligataires suggère que les investisseurs anticipent notamment :
- une inflation potentiellement plus élevée qu’anticipé;
- des niveaux d’endettement public plus importants;
- davantage d’incertitude économique et financière;
- une trajectoire future des taux d’intérêt plus élevée que prévu;
- une hausse de la prime de risque exigée pour les placements à long terme.
Ainsi, même si le taux directeur canadien a diminué de 25 points de base au cours de la dernière année, les obligations à 5 ans et à 10 ans ont progressé respectivement d’environ 88 et 75 points de base.
L’influence des marchés internationaux
Les taux obligataires canadiens ne sont pas déterminés uniquement par l’économie canadienne. Les rendements des obligations américaines, les mouvements observés en Europe et au Japon, les flux internationaux de capitaux, le dollar canadien ainsi que les primes de risque mondiales influencent également la courbe des taux au Canada.
Cette tendance est particulièrement visible aux États-Unis. En septembre 2026, les rendements des obligations du Trésor américain dépassaient ceux observés un an plus tôt :
- obligation à 2 ans : de 3,56 % à 4,63 % (+107 points de base);
- obligation à 5 ans : de 3,63 % à 4,78 % (+115 points de base);
- obligation à 10 ans : de 4,06 % à 4,96 % (+90 points de base);
- obligation à 30 ans : de 4,68 % à 5,35 % (+67 points de base).
Ce que les marchés semblent anticiper
Le taux à 2 ans est particulièrement sensible aux attentes concernant les décisions futures des banques centrales. Sa forte progression indique que les investisseurs estiment que les taux d’intérêt à court terme pourraient demeurer plus élevés que prévu, notamment en raison d’une inflation qui reste supérieure aux cibles et d’un marché de l’emploi encore relativement solide.
Le taux à 10 ans, pour sa part, constitue davantage un indicateur des perspectives économiques à long terme. Il reflète notamment les attentes d’inflation, les rendements réels exigés par les investisseurs, l’évolution du taux d’intérêt neutre et la prime associée aux placements de longue durée.
La hausse récente des rendements s’inscrit également dans un contexte où plusieurs gouvernements doivent financer des niveaux importants d’endettement, tel que le Japon et plusieurs pays d’Europe. Aux États-Unis, la dette publique dépasse désormais 40 000 milliards de dollars. À cela s’ajoutent les besoins de financement croissants des grandes entreprises technologiques et ceux de nombreux pays développés, ce qui accentue la concurrence pour attirer les capitaux disponibles.
Un changement de perspective
Dans l’ensemble, les marchés semblent indiquer que les taux d’intérêt à long terme pourraient s’établir durablement à des niveaux plus élevés que ceux observés au cours de la décennie 2010. L’inflation, les risques budgétaires et les besoins de financement mondiaux contribuent à cette réévaluation.
Pour les entreprises, cette tendance mérite une attention particulière, puisqu’elle peut influencer le coût du financement, les décisions d’investissement et les conditions de crédit, même lorsque les taux directeurs demeurent relativement stables.