Les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement fédéral, le 4 mai dernier, pour soutenir les entreprises affectées par les tarifs américains sur l’acier, l’aluminium et le cuivre retiennent l’attention de plusieurs secteurs manufacturiers, incluant celui de la transformation alimentaire.
Bien que les produits alimentaires ne soient pas directement visés par ces droits de douane, plusieurs entreprises du secteur pourraient subir des répercussions indirectes importantes, notamment en raison de leur dépendance aux équipements industriels, aux infrastructures et aux emballages fabriqués à partir de ces matériaux.
Une aide fédérale axée sur la liquidité et les investissements
Ottawa prévoit une enveloppe totale de 1,5 milliard de dollars afin d’aider les entreprises canadiennes à composer avec les répercussions des tensions commerciales avec les États-Unis. Les mesures annoncées visent principalement à soutenir les liquidités des manufacturiers et à maintenir les investissements dans un contexte économique plus instable.
La Banque de développement du Canada (BDC) jouera un rôle central dans ce soutien en offrant des solutions de financement aux entreprises ayant besoin de marge de manœuvre pour absorber la hausse des coûts, protéger leurs opérations ou poursuivre certains projets stratégiques. Les prêts annoncés varieront entre 2 millions et 50 millions de dollars et serviront notamment à soutenir le fonds de roulement des entreprises manufacturières.
Selon les informations obtenues jusqu’à présent, les critères d’admissibilité des programmes de financement de la BDC auraient récemment été ajustés afin d’élargir l’accès aux PME affectées par les tensions commerciales et tarifaires.
Le gouvernement fédéral reconduit également l’Initiative régionale de réponse tarifaire, dotée d’une enveloppe additionnelle de 500 millions de dollars. Ce programme vise particulièrement les PME qui souhaitent investir pour améliorer leur productivité, moderniser leurs installations ou développer de nouveaux marchés afin de réduire leur dépendance commerciale.
Les entreprises admissibles pourraient obtenir un soutien financier pouvant atteindre 1 million de dollars sous forme de contribution non remboursable pour certains projets stratégiques. Au-delà de ce seuil, une portion de l’aide devra être remboursée. Cette mesure cible notamment les PME manufacturières de moins de 500 employés ayant des activités établies depuis plusieurs années.
Des impacts bien réels pour les transformateurs alimentaires
Pour les transformateurs alimentaires, les effets des tensions commerciales pourraient se faire sentir sur plusieurs fronts. Les coûts liés aux équipements de production, aux systèmes de réfrigération, aux composantes manufacturières et à certains emballages pourraient continuer d’augmenter dans les prochains mois.
Le contexte actuel entraîne également davantage de volatilité dans les chaînes logistiques et accentue les pressions sur les délais d’approvisionnement et les coûts d’investissement. Plusieurs entreprises doivent déjà composer avec des marges serrées et une hausse persistante des coûts d’exploitation.
Toutefois, dans les faits, relativement peu d’entreprises du secteur de la transformation alimentaire semblent avoir eu recours jusqu’à maintenant aux programmes de financement annoncés. Cette situation s’explique notamment par le fait que, pour le moment, la grande majorité des produits agroalimentaires continuent d’être exemptés des droits de douane américains en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACÉUM).
Ainsi, contrairement à d’autres secteurs manufacturiers directement ciblés par les nouvelles mesures tarifaires américaines, plusieurs entreprises alimentaires québécoises n’ont pas encore subi d’impacts commerciaux directs suffisamment importants pour nécessiter des demandes d’aide financière ou de financement d’urgence.
Des questions concernant l’initiative régionale de réponse tarifaire
Par ailleurs, une préoccupation demeure quant à l’accès réel des entreprises de transformation alimentaire à certaines mesures annoncées, notamment dans le cadre de l’initiative régionale de réponse tarifaire.
À ce jour, peu d’entreprises de transformation alimentaire semblent avoir obtenu du soutien financier par l’entremise de cette initiative, et ce, pour des raisons qui demeurent difficiles à expliquer. Le CTAQ continuera de suivre la situation afin de mieux comprendre les critères appliqués et les obstacles potentiels à l’accès aux programmes pour les entreprises du secteur.
Le CTAQ poursuit ses représentations
Le CTAQ demeure attentif aux impacts indirects des tensions commerciales sur les transformateurs alimentaires québécois. Même lorsque les mesures tarifaires ne ciblent pas directement les aliments, leurs effets se répercutent rapidement sur l’ensemble de la chaîne manufacturière.
Le CTAQ poursuivra ses interventions par l’entremise d’Aliments et boissons Canada afin que les réalités du secteur alimentaire soient prises en compte dans les mesures de soutien économique et dans les discussions entourant la compétitivité manufacturière canadienne.
Dans le contexte actuel, la capacité des entreprises à investir, à sécuriser leurs approvisionnements et à maintenir leur compétitivité demeure un enjeu stratégique pour l’industrie alimentaire du Québec.