Avec la guerre économique imposée par les États-Unis, la nécessité de produire, transformer et de consommer davantage localement s'imposent. L’impact des tarifs sur plusieurs de nos entreprises se fait déjà sentir. Les secteurs des boissons alcoolisées et des spiritueux, tout comme ceux des produits laitiers, du miel, des fruits et des légumes, ont été durement frappés.
Face à cette situation, les différents paliers de gouvernement ont mis de l’avant la nécessité de produire, transformer et de consommer davantage localement…Mais sommes-nous réellement prêts, au Québec, à augmenter notre production interne? Sommes-nous capables de transformer en quantité suffisante chez nous? Sommes-nous compétitifs?
Les données doivent nous interpeller. Dans une étude publiée en mai dernier, l’Institut du Québec constate qu’entre 1997 et 2024, le stock de capital manufacturier, soit la valeur totale des bâtiments industriels et des machines, avait reculé de 5,3 % au Québec et de 8,5 % au Canada, alors qu’il progressait de 54 % aux États-Unis.
Il faut se rappeler que la tendance protectionniste des États-Unis date de plusieurs années et que, même sous Joe Biden, elle s’est poursuivie. Cette réalité risque donc de perdurer. Nous devons donc agir rapidement pour protéger notre production agroalimentaire et préserver leur capacité concurrentielle.
Un retard d’investissement qui pèse sur notre compétitivité agroalimentaire
Dans le secteur agroalimentaire, ce retard signifie concrètement une perte de productivité, une hausse des coûts de production, une capacité réduite à automatiser et, in fine, une réduction de notre compétitivité face aux produits américains.
Même si notre industrie agroalimentaire affiche un niveau d’automatisation supérieur à la moyenne canadienne, nous accusons encore un retard important par rapport à des pays comme l’Italie, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Cette comparaison montre qu’il existe encore une marge de progression importante pour moderniser nos installations industrielles et ainsi renforcer notre capacité de production et de transformation. Une meilleure productivité permettrait également de réduire les coûts de production, d’offrir des produits à des prix plus compétitifs et de stimuler la demande sur nos marchés locaux et à l’extérieur.
Cette période d’incertitude peut donc devenir une occasion de renforcer notre économie, en investissant davantage et en améliorant notre productivité, nous pouvons notamment accroître les échanges commerciaux entre les provinces.
L’équation est donc simple : consommer local signifie nécessairement produire et transformer plus chez nous. Pour ce faire, nos entreprises doivent pouvoir compter sur des infrastructures industrielles modernes et adaptées pour des produits compétitifs.
Pour produire plus, il faut être capable de produire et de transformer plus chez nous
Le pilier central de notre capacité de production et de transformation locale se retrouve dans nos usines. Des usines modernes, aux normes internationales, sont la pierre angulaire d’une productivité agroindustrielle accrue. Les différents paliers de gouvernement doivent donc soutenir nos entreprises pour les moderniser et leur offrir les outils financiers et administratifs nécessaires pour demeurer compétitives.
Des projets tels que le Campus industriel de l’œuf de Lovo, à Saint-Hyacinthe, dont la construction a été lancée il y a quelques semaines par Frare Gallant, en sont un exemple. Une fois le complexe livré, Lovo sera capable de tripler sa capacité de production et de poursuivre le développement de nouveaux produits à valeur ajoutée. Ce projet a reçu notamment un soutien financier du gouvernement du Québec de 1,6 millions de dollars.
Un autre projet auquel Frare Gallant a participé c’est la construction de la nouvelle usine de transformation de sucrants naturels Appalaches Nature, d’une superficie de 94 000 pi². Son aboutissement a grandement contribué à l’augmentation des volumes de transformation interne d’une variété de sucrants naturels, incluant du sirop d’érable, du miel, du sirop de canneberge et du sirop d’agave. Il s’agit aussi de l’un des rares projets agroalimentaires certifiés carboneutres et LEED au Québec. Le projet a reçu un soutien financier de 9,95 millions de dollars du gouvernement du Québec.
Du côté de Bridor, boulangerie et viennoiserie surgelées, Frare Gallant a participé à six phases d’expansion de l’usine de Boucherville au cours des 15 dernières années, permettant d’intégrer de nouvelles lignes de production et augmenter sa capacité de production.
Augmenter notre capacité de production et de transformation n’est pas seulement bon pour la compétitivité de nos produits sur le marché intérieur ou pour l’exportation, c’est aussi bon pour notre économie. Chaque usine représente des milliers d’emplois directs et indirects pour les municipalités concernées.
Infrastructures agroalimentaires au cœur de notre résilience
Nous vivons un moment particulièrement incertain dans l’économie mondiale. Investir dans nos infrastructures industrielles est un choix stratégique pour renforcer notre position sur nos marchés actuels et profiter de l’occasion pour nous positionner sur de nouveaux marchés. Accroître notre capacité de production permet également d’augmenter l’offre sur nos marchés locaux et de soutenir l’avenir de notre production locale.
Cette démarche repose à la fois sur l’engagement de nos entreprises à moderniser leurs installations et à développer leur capacité de transformation, ainsi que sur la volonté des décideurs publics de mettre en place des leviers concrets, comme des mécanismes de financement et des processus simplifiés, afin de soutenir notre industrie locale.