Étiquetage sur le devant des emballages : où en sont les transformateurs québécois?

17 juin 2026
par Annick Van Campenhout
La réglementation fédérale sur l'étiquetage nutritionnel sur le devant des emballages est entrée en vigueur obligatoirement le 1er janvier 2026. A.melior et le CTAQ ont mandaté la firme Léger afin de mesurer l'évolution des perceptions et des actions des entreprises de transformation alimentaire du Québec. 

Réalisé auprès de plus de 100 décideurs du secteur, ce sondage dresse un portrait éclairant des défis, des préoccupations et des démarches entreprises par les transformateurs face à cette nouvelle réalité réglementaire. 

Une réglementation qui continue de mobiliser l'industrie 

Parmi les entreprises touchées par la réglementation, près de la moitié ont déjà entrepris ou envisagent des actions pour améliorer la valeur nutritive de leurs produits. Les interventions concernent principalement la reformulation des recettes, notamment la réduction du sodium, du sucre et des gras saturés.

Plusieurs entreprises explorent également l'ajout de fibres ou le développement de nouveaux produits répondant mieux aux critères nutritionnels établis. 
Toutefois, les résultats démontrent également une certaine prudence. Comparativement au sondage réalisé en 2023, la proportion d'entreprises ayant entrepris ou planifiant des actions est en diminution. Cette situation peut s'expliquer par la complexité des changements à apporter, les coûts associés ou encore les contraintes techniques liées à certaines catégories de produits. 

Malgré cela, parmi les entreprises déjà engagées dans une démarche d'amélioration, plusieurs affichent un niveau d'avancement significatif, signe que les projets amorcés progressent concrètement vers la mise en marché. 

Des bénéfices commerciaux encore difficiles à prévoir 

L'un des constats les plus intéressants du sondage concerne les attentes à l'égard des consommateurs. 

Une très forte majorité des répondants (80 %) estime que l'étiquetage sur le devant des emballages n'aura pas d'impact significatif sur la fréquence d'achat de leurs produits. Seule une minorité anticipe une hausse ou une baisse des ventes liée directement à ce changement réglementaire. 

Ce résultat traduit une certaine réserve de l'industrie quant à la capacité de cet outil d'influencer les comportements d'achat. Il rappelle également que les décisions des consommateurs reposent sur de nombreux facteurs tels que le goût, le prix, les habitudes d'achat, la praticité ou encore la confiance envers une marque. 

Cela dit, les entreprises qui investissent dans l'amélioration nutritionnelle semblent de plus en plus nombreuses à vouloir communiquer leurs démarches. Près de neuf entreprises sur dix ayant entrepris des actions prévoient mettre en valeur leurs efforts auprès des consommateurs par l'entremise de leurs emballages, de leurs plateformes numériques ou de leurs activités promotionnelles. 

Entre responsabilités et réalités d'affaires 

Lorsqu'on leur demande ce qui motive l'amélioration nutritionnelle de leurs produits, les transformateurs évoquent d'abord leur responsabilité sociale, les attentes des consommateurs et le désir de demeurer compétitifs dans leur marché. La volonté d'offrir des produits répondant mieux aux besoins de la population demeure donc un moteur important de changement. 

En parallèle, les freins identifiés rappellent les défis bien réels auxquels les entreprises font face. L'augmentation des coûts de production, les impacts potentiels sur le goût des produits et les investissements financiers requis figurent parmi les principales préoccupations exprimées. Plusieurs répondants soulignent également les enjeux liés à l'acceptabilité du marché et à l'équilibre entre amélioration nutritionnelle et attentes des consommateurs. 

Ces résultats illustrent bien la réalité de la transformation alimentaire : améliorer le profil nutritionnel d'un produit n'est jamais un simple exercice de conformité réglementaire. Il s'agit souvent d'un processus complexe qui touche la formulation, les procédés, les coûts de production, la durée de conservation, le positionnement marketing, l’emballage et, ultimement, l'expérience du consommateur. 

Un besoin d'accompagnement toujours présent 

Le sondage met également en lumière l'intérêt des entreprises pour des formes de soutien concrètes. Le financement des démarches d'amélioration alimentaire demeure le besoin le plus souvent exprimé, suivi par les formations, l'accompagnement personnalisé et l'accès à des ressources spécialisées. 

Dans ce contexte, les résultats confirment la pertinence des initiatives visant à accompagner les entreprises dans leurs réflexions et leurs projets d'amélioration alimentaire. 

Alors que la réglementation est maintenant dans sa phase d'application, une chose apparaît clairement : les transformateurs québécois souhaitent continuer à innover et à répondre aux attentes du marché, mais ils cherchent également à le faire de manière réaliste, durable et adaptée aux réalités de leurs entreprises. 

En résumé : 

- Les entreprises concernées ont effectivement entrepris des démarches.  
- Elles le font pour plusieurs raisons, pas seulement à cause de la réglementation. 
- Elles demeurent prudentes quant aux effets réels sur les ventes. 
- Les coûts, le goût et l'acceptabilité du marché demeurent des préoccupations majeures.
- Elles ont encore besoin d'accompagnement.
Secteurs :
  • Emballage et étiquetage
  • Amélioration alimentaire
Grand dossier :