Dans le cadre des consultations prébudgétaires fédérales, Aliments et Boissons Canada (ABC), porte-parole des associations provinciales et de ses membres, a présenté ses priorités au gouvernement du Canada.
L’industrie canadienne de la transformation alimentaire demeure le premier secteur manufacturier du pays, avec un PIB de 35,1 G$, soit 18 % du PIB manufacturier canadien. Elle emploie plus de 318 000 Canadiens, représentant près de 20 % des emplois manufacturiers. Les fabricants d’aliments et de boissons constituent également un maillon essentiel entre le secteur agricole canadien et les consommateurs, les détaillants, les entreprises de restauration et les marchés d’exportation.
Une industrie de transformation forte est fondamentale pour la sécurité alimentaire, la résilience économique et la compétitivité du Canada. Or, le secteur fait face à plusieurs défis, dont une croissance limitée de la productivité, la hausse des coûts d’exploitation et de transport, des pénuries persistantes de main-d’œuvre, la complexité réglementaire, les tensions commerciales avec les États-Unis et une concurrence internationale accrue pour attirer les investissements.
Un potentiel de croissance à développer
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA) reconnaît ces défis et souligne que le PIB du secteur de la transformation alimentaire au Canada ne dépasse que d’environ 10 % celui de l’agriculture primaire, comparativement à près de 70 % aux États-Unis et en Allemagne. Elle relève également des lacunes dans la capacité de transformation intérieure et fixe un objectif de croissance annuelle du PIB du secteur de 2,75 %.
Une étude réalisée pour ABC par l’Institut canadien des politiques agroalimentaires (ICPA) conclut toutefois qu’une croissance plus soutenue nécessitera bien plus qu’un simple programme gouvernemental. Selon l’ICPA, les gains les plus importants sont obtenus lorsque l’investissement en capital, l’innovation, la réforme réglementaire, la productivité, l’accès aux marchés et un environnement commercial concurrentiel agissent de façon complémentaire.
Aux conditions actuelles, l’ICPA estime que le PIB réel du secteur de la transformation des aliments et des boissons progresserait d’environ 1,8 % par année jusqu’en 2035, un rythme nettement inférieur à la cible de 2,75 % établie par la SNSA.
L’analyse met toutefois en lumière le potentiel du secteur. Les dépenses d’investissement dans la transformation alimentaire canadienne ont plus que doublé entre 2017 et 2024, passant d’environ 1,89 G$ à 4,2 G$. Cette croissance s’est accompagnée d’une adoption accrue des technologies et d’une intensité capitalistique plus élevée.
Selon l’industrie, le Canada dispose déjà des ressources agricoles, de la capacité manufacturière et des débouchés commerciaux nécessaires. L’enjeu consiste maintenant à créer les conditions favorables pour stimuler davantage les investissements, la productivité et la production à valeur ajoutée au pays.
Les demandes de l’industrie
Dans son mémoire prébudgétaire, l’industrie demande au gouvernement fédéral de :
- prévoir un soutien à l’investissement d’au moins 2 G$ sur cinq ans;
- accroître la capacité d’intervention du Fonds stratégique pour l’innovation afin de répondre à la demande du secteur;
- mettre en place un mécanisme de financement pluriannuel prévisible pour les entreprises;
- mieux aligner les politiques de main-d’œuvre et les niveaux d’immigration avec les besoins de croissance de l’industrie.
L’enjeu de la main-d’œuvre
L’industrie souligne qu’il sera difficile d’accroître la capacité de production alimentaire du Canada sans disposer de la main-d’œuvre nécessaire pour l’exploiter. Le défi ne consiste pas uniquement à recruter des travailleurs, mais aussi à retenir ceux déjà en poste.
Certaines entreprises, autant en milieu rural qu’urbain, indiquent que les titulaires de permis de travail ouverts représentent jusqu’à 20 % de leur effectif. Ces employés occupent des postes permanents à l’année et sont devenus essentiels aux activités de nombreuses usines, mais plusieurs ne disposent d’aucune voie viable vers l’établissement permanent au Canada.
C’est pourquoi l’industrie demande la création d’une voie d’accès permanente à la résidence permanente pour les travailleurs expérimentés du secteur de la transformation des aliments et des boissons occupant des emplois à l’année, y compris ceux exerçant des fonctions actuellement peu couvertes par les programmes d’immigration destinés aux travailleurs hautement qualifiés.