Collecte sélective: il faut arrêter de détourner le regard!

26 février 2026
par Annick Van Campenhout

Cet article a été rédigé par Annick Van Campenhout et Dimitri Fraeys.


Le 23 février, aux côtés de l’ensemble de la filière agroalimentaire, le CTAQ a pris la parole publiquement. C’était un nouveau signal d’alarme. 


Quand des hausses de coûts atteignent 75 %, 150 % voire 350 % — parfois davantage — on ne parle plus d’ajustements. On parle d’un choc systémique. On parle d’entreprises asphyxiées. On parle d’un modèle qui ne tient plus. 

Depuis plusieurs semaines, le ministre de l’Environnement répète la même cassette :  « ce sont les producteurs qui dictent les tarifs ». Cette affirmation ne résiste pas à l’analyse. 

Les producteurs ne « dictent » rien. Ils financent un système dont les paramètres, les obligations, les échéanciers et la structure de coûts sont entièrement définis par voie réglementaire. Ce sont ces choix réglementaires démesurés, à cadence accélérée, un élargissement massif des responsabilités, une absence de mécanismes d’ajustement qui ont provoqué l’explosion des coûts. 

Rappelons les faits. Le gouvernement évoquait, en 2022, des hausses projetées de 23,6 M$ d’ici 2030. Pour 2026 seulement, les coûts dépassent déjà 480 M$, auxquels s’ajoutent 327 M$ liés à l’ancien régime. C’est un total de 810 M$ que les entreprises devront financer en 2026. L’écart est majeur. Il ne s’explique pas par une quelconque décision arbitraire des producteurs. Il s’explique par une réforme conçue sur des hypothèses irréalistes et implantée à marche forcée. 

Oui, l’ancien système était en décrépitude. Oui, une modernisation était nécessaire. Mais moderniser ne signifie pas précipiter. D’autres juridictions étalent ce type de transformation sur 15 à 20 ans. Ici, on a compressé le calendrier, sans corriger la trajectoire lorsque les signaux d’alarme se sont multipliés. 

Le 23 février, la filière agroalimentaire a parlé d’une seule voix. Producteurs, transformateurs, distributeurs, détaillants, restaurateurs : tous constatent la même chose. 

Un programme public qui dépasse la capacité de payer de ses contributeurs n’est pas durable : il devient irresponsable. Il appartient au gouvernement d’avoir le courage politique d’ajuster la trajectoire en étalant la réglementation.  

Nous notons une ouverture récente quant à certaines demandes de changements réglementaires. Des discussions ont eu lieu. Des avancées semblent possibles. Mais à ce jour, rien n’est signé. Or, le temps joue contre les entreprises. Chaque mois d’inaction alourdit la facture et accroît la pression sur le panier d’épicerie. 

Dans ce contexte, le CTAQ était également présent lors du dépôt du mandat d’initiative par la députée Virginie Dufour du Parti libéral du Québec, afin d’appuyer sa demande d’examiner la situation. Lorsque les chiffres ne concordent plus avec la réalité économique et que les impacts dépassent les prévisions de plusieurs centaines de millions de dollars, il est légitime que les parlementaires se saisissent du dossier. 

Notre position demeure claire. 

Nous appuyons les objectifs environnementaux. Nous adhérons à la responsabilité élargie des producteurs. Nous voulons un système performant et durable à cout raisonnable.  

Mais un régime durable ne peut reposer sur des prémisses erronées, des coûts imprévisibles et une rigidité réglementaire qui empêche toute correction rapide. 

Le gouvernement doit cesser de pointer du doigt ceux qui financent le système et reconnaître que le problème est d’abord structurel. Il doit corriger la trajectoire réglementaire, instaurer des mécanismes d’ajustement, et ramener les coûts à un niveau soutenable. 

Ce débat ne concerne pas uniquement l’industrie. Il concerne l’équilibre économique du Québec. Il concerne la compétitivité de nos entreprises. Il concerne le pouvoir d’achat des ménages qui devront assumer une inflation alimentaire supplémentaire.  

Et il est temps d’y répondre avec lucidité. Le gouvernement a encore la possibilité de corriger le tir.  

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